L’Ordre Infini du Mérite Invisible
Chronique d’un dévouement ordinaire au Journal Officiel et dans la boue
La lecture attentive du Journal officiel est un exercice d’une immense saveur citoyenne. À chaque parution de décret portant promotion ou nomination dans les ordres nationaux, la République s’habille de ses plus beaux apparats pour honorer ses grands serviteurs. Le dernier décret en date ne fait pas exception : inspecteurs généraux, contrôleurs généraux et colonels y voient leurs noms gravés dans le marbre de la reconnaissance publique. Leurs longues et impeccables carrières, scandées par l’exercice de hautes responsabilités, y reçoivent l’hommage légitime d’une société consciente de ses élites. On ne peut que s’incliner devant tant de sacrifices consentis depuis les sommets de la hiérarchie.
Il est d’ailleurs fascinant de constater à quel point le don de soi semble se bonifier avec le grade. À écouter les louanges officielles, on en viendrait presque à croire, par un subtil raccourci de l’esprit, que le poids des sacrifices est directement proportionnel au nombre de galons sur l’épaulette. C’est une mécanique administrative admirable : plus l’on monte, plus la notion de sacrifice devient une seconde nature, sublimée par le prestige de la fonction. Les nuits blanches passées à arbitrer des budgets ou à concevoir de brillantes doctrines opérationnelles dans le calme feutré des états-majors valent bien que la patrie s’arrête un instant pour applaudir.