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Cette illustration percutante met en scène deux sapeurs-pompiers français épuisés lors d'une intervention sur un feu de forêt. Au centre, un pompier est assis au sol, la tête dans les mains, en signe de fatigue et d'accablement. À ses côtés, une collègue, debout, regarde l'incendie au loin. Leur camion-citerne (CCF), de marque Renault, porte des inscriptions gravées : « Renforts en congés » et « Système défaillant », témoignant d'un problème systémique. Au-dessus d'eux, un titre en gros caractères cite Sébastien Bouvier : « « MOINS PROTÉGÉS QUE LES JOURNALISTES » ». En arrière-plan, l'incendie se poursuit, et des formes spectrales d'animaux semblent s'élever de la fumée, ajoutant une dimension tragique. Le sol est jonché d'équipements de pompier (casque, bouteilles d'eau, etc.).

CHOC : « Moins protégés que les journalistes » : le cri d’alarme des sapeurs-pompiers

Invité de RMC ce dimanche 26 juillet, Sébastien Bouvier, représentant national CFDT pour les SDIS et sapeur-pompier professionnel dans l’Ain, a résumé en une phrase des années d’alertes restées sans réponse : « En termes de protection respiratoire, on est moins protégés que les journalistes. » Derrière la formule, un constat de système : des équipements en retard, des effectifs qui manquent, et des professionnels contraints de poser des congés pour partir en renfort.

Un mois de juillet qui a fait basculer la saison

Gironde, Landes, Var, Hautes-Alpes, Corse : les sapeurs-pompiers sont engagés simultanément sur plusieurs fronts. Trois d’entre eux sont morts en intervention au cours de ce seul mois de juillet. Samedi, plus d’une cinquantaine ont été blessés, dont neuf évacués — tous en urgence relative.

La comparaison avec 2022 donne l’échelle : la Gironde avait alors perdu 20 000 hectares. Nous en sommes aujourd’hui au double. Une canicule était encore annoncée pour la fin juillet, et le mois d’août reste sans visibilité météorologique. Le diagnostic de notre représentant national est sans ambiguïté : « On est arrivé à la limite. »

Une exposition qui ne s’arrête pas quand le feu est éteint

L’Anses l’a établi : l’exposition des soldats du feu est directe pendant l’intervention, mais aussi indirecte une fois le feu éteint. Les phases de surveillance, d’enquête et de déblai prolongent le contact avec les polluants. Et le retour en caserne ne met pas fin à l’exposition : les suies et les eaux d’extinction contaminent les équipements, le matériel et les véhicules.

Autrement dit, la contamination voyage. Elle rentre dans les cabines, dans les vestiaires, dans les remises. C’est précisément ce que la CFDT désigne depuis des années sous le terme de doctrine anti-contamination — et c’est ce qui manque encore dans une majorité de services.

FFP3 pour les uns, cagoule pour les autres

Sur les mêmes lieux d’intervention, les équipes de tournage travaillent avec des masques FFP3. Les sapeurs-pompiers, eux, disposent d’une cagoule.

« Les journalistes ont des masques FFP3, les pompiers ont des cagoules »
— Sébastien Bouvier, représentant national CFDT pour les SDIS, sur RMC, 26 juillet 2026

L’appareil respiratoire isolant (ARI) reste le seul équipement protégeant contre l’intégralité des polluants gazeux. Mais, avec ses 14 à 16 kg, il est impraticable sur plusieurs heures en milieu naturel : il reste au camion. Les masques de fuite et demi-masques de cabine ne servent qu’au repli. La cagoule devient donc, par défaut, l’unique barrière.

Or les agents ne sont pas seulement exposés aux particules. Sébastien Bouvier rappelle que « les pompiers s’intoxiquent en permanence » au monoxyde de carbone — un gaz qu’aucune cagoule, quelle que soit sa capacité de filtration, n’arrête.

La nouvelle cagoule existe. Elle n’est pas achetée.

C’est le point le plus difficile à entendre, parce qu’il ne s’agit pas d’un équipement à inventer. Il est disponible. Notre représentant le dit sans détour : la cagoule attendue « est sur le marché, mais beaucoup de SDIS ne veulent pas l’acheter ».

Le contexte est connu. Une cagoule filtrante répondant à un référentiel technique porteur du label de sécurité civile française existe depuis 2019, avec une capacité de filtration de l’ordre de 80 % des fumées et produits toxiques. Dès 2023, une question écrite à l’Assemblée nationale constatait que le nombre de SDIS équipés restait extrêmement réduit. Le rapport de la CNRACL de 2017 avait, lui, déjà établi qu’aucune protection des voies aériennes n’était réellement adaptée aux feux d’espaces naturels.

Le blocage n’est donc ni technique ni normatif. Il est budgétaire. Chaque service arbitre dans son coin, et la santé des agents finit par dépendre de l’état des finances départementales.

Des tenues conçues pour l’appartement, portées en forêt

Le même retard frappe les tenues. Les agents engagés sur les feux d’espaces naturels portent, pour beaucoup, des tenues destinées aux feux d’appartement — nettement plus chaudes. Une nouvelle tenue existe ; elle améliorerait sensiblement les conditions de travail.

À quoi s’ajoutent, sur le terrain, des rayonnements que Sébastien Bouvier situe entre 5 et 10 kW par mètre carré. Combinés à la fatigue et à la déshydratation sur des journées à rallonge, ils transforment chaque garde en épreuve physiologique. L’équipement n’est pas un confort : c’est ce qui détermine combien de temps un agent peut tenir sans se mettre en danger.

« On a plein de camions, mais on n’a personne humainement »

En septembre 2022, après les incendies de Gironde, le président de la République avait reçu les acteurs de la sécurité civile et annoncé un effort de standardisation portant à la fois sur le matériel et sur les hommes. Quatre ans plus tard, le bilan que dresse la CFDT est déséquilibré : « Le matériel, on l’a. On a plein de camions, mais on n’a personne humainement. »

Les chiffres du ministère de l’Intérieur au 31 décembre 2025 rappellent la structure réelle du modèle français : 44 303 sapeurs-pompiers professionnels pour 200 961 volontaires. Les volontaires représentent environ 80 % des effectifs et assurent près de 68 % des interventions — le plus souvent sur leur temps libre, leurs repos ou leurs congés, pour un coût quatre fois moindre que celui des professionnels. Sur les feux de cet été, ils représenteraient jusqu’à 85 % des personnels engagés.

Un modèle qui repose à ce point sur l’engagement bénévole n’est pas un modèle résilient. C’est un modèle qui tient tant que personne ne lâche.

Partir en renfort… en posant des congés

C’est l’anomalie la plus révélatrice. Des sapeurs-pompiers professionnels qui souhaitent monter en renfort sur les grands feux ne peuvent pas y aller à ce titre : « Si on veut y aller, il faut poser des congés », dénonce Sébastien Bouvier. Sur 44 303 professionnels, environ 30 000 disposent du double statut.

Un professionnel formé, disponible et volontaire est donc renvoyé vers un statut moins protecteur pour être employable. Ce n’est pas de la souplesse opérationnelle : c’est une optimisation budgétaire faite sur le dos du droit du travail et de la protection sociale des agents.

Certains suggèrent que les professionnels partant en vacances l’été décalent leurs congés pour renforcer le dispositif. La CFDT le dit clairement : la réponse à un déficit d’effectifs et de financement ne peut pas être demandée aux agents sous forme de renoncement à leurs congés. Le repos n’est pas une réserve stratégique. Ce qui manque, ce sont des postes et un cadre statutaire de mise à disposition entre services — pas des sacrifices individuels.

Le prix sanitaire est chiffré

En 2022, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), organisme de l’OMS, a classé l’exposition professionnelle des sapeurs-pompiers comme cancérogène avérée pour l’homme — groupe 1, le niveau le plus élevé de la classification. Le surrisque de mésothéliome pulmonaire est estimé à 58 % par rapport au reste de la population, celui du cancer de la vessie à 16 %.

La CFDT alerte sur ces pathologies depuis plus de dix ans. Ce travail de fond a produit un résultat concret : la reconnaissance de l’origine professionnelle de cancers liés à l’activité de sapeur-pompier par le Conseil d’orientation des conditions de travail, puis la modification des tableaux n° 16 et 30 des maladies professionnelles — pour les professionnels, les volontaires et les militaires de la sécurité civile, sans distinction de statut.

Mais une reconnaissance en aval ne remplacera jamais une protection en amont. Indemniser un cancer, c’est acter qu’on a renoncé à l’éviter.

Les revendications de la CFDT

  1. Rendre obligatoire la dotation en cagoule filtrante labellisée dans tous les SIS, avec un calendrier opposable. Tant que l’achat reste facultatif, il sera arbitré au détriment des agents.
  2. Généraliser la nouvelle tenue de feux d’espaces naturels. Intervenir en forêt avec une tenue conçue pour les feux d’appartement n’est plus acceptable au regard des rayonnements réellement subis.
  3. Financer ces dotations au niveau national, sans transfert de charge sur les SIS et les départements. À risque national, réponse nationale : la protection des agents ne peut pas dépendre du budget d’un conseil départemental.
  4. Engager un programme de développement d’une protection respiratoire réellement adaptée aux feux d’espaces naturels, traitant les gaz — à commencer par le monoxyde de carbone — et portable sur la durée. La cagoule, même filtrante, reste un palliatif.
  5. Instaurer une traçabilité individuelle des expositions : fiche d’exposition renseignée pour chaque intervention à risque, conservation au dossier de l’agent, ouverture systématique du droit au suivi post-professionnel. Sans traçabilité, la reconnaissance en maladie professionnelle reste théorique.
  6. Généraliser une doctrine anti-contamination conforme aux constats de l’Anses : double dotation de tenues, décontamination sur site, confinement des EPI souillés, procédure de nettoyage des véhicules et du matériel, interdiction du transport de tenues contaminées en cabine.
  7. Créer les postes de sapeurs-pompiers professionnels qui manquent. Des camions sans personnel ne constituent pas une capacité opérationnelle.
  8. Mettre fin au renfort par pose de congés. La CFDT exige un cadre statutaire de mise à disposition interdépartementale permettant aux professionnels de partir en renfort sous leur propre statut, avec maintien de la rémunération, comptabilisation du temps de travail et couverture accident de service.
  9. Encadrer les durées d’engagement, garantir les relèves, l’hydratation et les temps de récupération. L’épuisement dégrade la vigilance, augmente le risque d’accident et prolonge mécaniquement l’exposition aux fumées.
  10. Renforcer le soutien sanitaire opérationnel et appliquer pleinement le dispositif rénové de médecine d’aptitude issu du décret du 10 avril 2025, en faisant aboutir les travaux du groupe de travail demandé par la CFDT au sein de la commission spécialisée du Coct.

Et dans nos services

Ces revendications ne se jouent pas qu’au niveau national. Elles se traduisent, dans chaque SIS, en points d’ordre du jour : la nouvelle cagoule a-t-elle été commandée, avec quel calendrier ? Quelle dotation en tenues feux d’espaces naturels ? Quelle procédure de décontamination formalisée, et quels moyens pour l’appliquer ? Sous quel statut partent les agents en renfort ? Le document unique intègre-t-il le risque fumées à jour des constats de l’Anses ?

Vos représentants CFDT portent ces sujets en instance. Signalez-nous ce que vous constatez dans votre centre : une dotation incomplète, une procédure absente, un stock à sec, un refus d’achat, un renfort conditionné à la pose de congés. Ce sont ces remontées de terrain qui pèsent en séance.

Sauver des vies ne doit pas condamner à mourir plus tôt.


Sources

  • RMC, entretien avec Sébastien Bouvier, 26 juillet 2026 — écouter la séquence
  • Anses, travaux sur l’exposition des sapeurs-pompiers aux fumées d’incendie
  • CNRACL, Impacts et prévention des risques relatifs aux fumées d’incendie pour les sapeurs-pompiers, 2017
  • Centre international de recherche sur le cancer (OMS), classification 2022
  • Assemblée nationale, questions écrites n° 13175 et n° 13734 (déploiement des cagoules filtrantes)
  • Ministère de l’Intérieur, effectifs des sapeurs-pompiers au 31 décembre 2025
  • Décret n° 2025-330 du 10 avril 2025 relatif à la médecine d’aptitude des sapeurs-pompiers

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